Le passé, de borne en borne

Bienvenue sur la boucle transfrontalière « Sur le sentier des douanes » située dans les bois de Vosogne (Valleiry) et de Fargout (Chancy).

Au début du XVIe siècle, Genève est une ville indépendante placée sous l’autorité de son évêque. Dès la fin du XVe siècle, celui-ci est de plus en plus inféodé à la maison de Savoie, dont les propriétés encerclent Genève. Les Genevois, en défiance tant vis-à-vis de leur évêque que du duc de Savoie signent alors des traités d’alliance et de protection avec les cantons suisses (traités de combourgeoisie). La Réforme pénètre à Genève grâce à des marchands allemands ou confédérés. La Ville bascule dans le camp de la Réforme en 1535. Lors d’une guerre opposant les Confédérés alliés au roi de France à la maison de Savoie, la totalité de la Savoie est envahie en 1536. Les territoires occupés par les Bernois (dont l’essentiel des terres situées entre Jura, Mont-Sion et Salève, ainsi que la région de Thonon) sont convertis au protestantisme.

Le comte, puis duc de Savoie voyait Genève comme la capitale idéale de ses Etats… aussi il n’eut de cesse que de vouloir prendre cette ville. Ses habitants ne l’entendaient pas ainsi et se sont rapprochés des cantons suisses avec lesquels ils entretiennent des liens commerciaux. Des traités de combourgeoisie sont signés avec les cantons de Fribourg et de Berne notamment. Les premiers réformés présents en ville de Genève sont des marchands allemands. Des troubles ont lieu en ville de Genève et deux partis s’affrontent, celui des partisans du duc de Savoie, celui des partisans des relations renforcés avec les Confédérés. Enfin, l’évêque de Genève, inféodé à la famille de Savoie, n’est plus en mesure de défendre les intérêts des habitants de Genève. Aussi un nombre croissant de Genevois prennent le parti des réformés. L’évêque quitte Genève définitivement en 1533. La messe est abolie le 10 août 1535. C’est le passage à la Réforme.

Une guerre est déclarée en 1536 et une alliance composée de la France, Berne, les Valaisans et les Fribourgeois occupe toute la Savoie (Vaud, Savoie, Pays de Gex, etc.). La Savoie disparaît en tant qu’Etat pour une trentaine d’année. Les paroisses occupées par les Bernois (Valleiry, Chênex, Vers, Viry, etc.) sont occupées par les Bernois et converties au protestantisme, alors que celles sous domination française (Vulbens, Chevrier, Dingy, Savigny, etc.) sont laissées au catholicisme.

Le duc de Savoie Emmanuel-Philibert, à la tête de l’armée de l’empereur Charles-Quint, défait l’armée française lors de la bataille de Saint-Quentin en 1557. Il recouvre au traité du Cateau-Cambrésis (1559) les territoires annexés en 1536  par les Français, puis en 1564 (traité de Lausanne) ceux annexés par les Bernois, sauf le Pays de Vaud, laissé à Berne.

Les habitants convertis au protestantisme dès 1536 peuvent garder leur religion, ce qui est une exception en Europe. À Emmanuel-Philibert succède en 1580 Charles-Emmanuel, moins conciliant que son père à l’endroit de la religion réformée. Progressivement, les protestants de Savoie sont ramenés dans le giron de l’Eglise catholique. Charles-Emmanuel n’a de cesse de vouloir prendre Genève, y compris par la force. Ce sera l’épisode de l’Escalade (22/23 décembre 1602), qui est un échec. Six mois après, au traité de Saint-Julien (juillet 1603) est acté le divorce entre Genève et la Savoie, mais également l’indépendance de la Ville.

Texte rédigé par Claude Barbier, historien, membre de la société d’histoire régionale La Salévienne.

Le duc de Savoie recouvre ses territoires après le traité de Cateau-Cambrésis (1559). À la suite du traité de Lausanne (1564), les Bernois restituent au duc de Savoie les territoires occupés depuis 1536. Chose unique alors en Europe, le duc de Savoie Emmanuel-Philibert permet à ses sujets protestants, convertis au protestantisme en 1536, de conserver leur religion. Cette politique d’accommodement cesse avec le duc Charles-Emmanuel de Savoie, arrivé au pouvoir en 1580.

François de Sales (portrait ci-dessus), évêque de Genève-Annecy (en poste à Annecy), entreprend la conversion des protestants habitant en Savoie. Mais Charles-Emmanuel a d’autres velléités : prendre Genève par la force. Ce sera la désastreuse tentative de prendre Genève de force, lors de l’épisode de l’Escalade (22-23 décembre 1602), qui se conclura par la reconnaissance de l’indépendance de Genève, lors de la signature du traité de Saint-Julien (juillet 1603).

Texte rédigé par Claude Barbier, historien, membre de la société d’histoire régionale La Salévienne.

Après une guerre entre la France et la Savoie (1600), la Savoie perd la Bresse, le Bugey et le Valromey (traité de Lyon, 1601), annexés par la France. Une politique systématiquement antiprotestante est mise en place dans ce territoire avec la venue au pouvoir de roi de France Louis XIV. En 1685 celui-ci ratifie l’édit de Fontainebleau, qui vient annuler la possibilité aux protestants de pratiquer leur culte, tel que cela avait été reconnu par l’édit de Nantes (1598). Il s’ensuit le départ massif de protestants vers « les Allemagnes » ainsi que vers les Pays-Bas. Nombre d’entre eux trouvent refuge à Genève, où certains s’établissent définitivement. La région du Vuache, est un des corridors par lequel transitent ces protestants qui quittent la France.

Texte rédigé par Claude Barbier, historien, membre de la société d’histoire régionale La Salévienne.

L’itinéraire culturel européen de l’exil des Huguenots et des Vaudois

En 1685, le roi Louis XIV révoque l’Edit de Nantes et un climat de persécution s’installe en France.

200 000 « Huguenots » (croix huguenote ci-contre) cherchent alors refuge sur des terres protestantes en Europe et dans le monde. Dans le Sud-Est du Royaume de France, la Réforme est très présente. Depuis le Dauphiné, les Cévennes et le Luberon les départs sont nombreux vers Genève, puis vers l’Allemagne où ils sont accueillis et peuvent fonder des colonies. Les Vaudois des vallées du Piémont, qui adhèrent à la Réforme, s’exilent et suivent les mêmes chemins.

 

Tout au long de ses 2000 km, le sentier international « Sur les pas des Huguenots » suit au plus près le tracé historique de cet exil. Au départ du Poet Laval (Drôme) et de Mialet (Gard-Cévennes) le cheminement dominant passe par Genève, traverse la Suisse, les « Land » du Bade-Wurtemberg et de la Hesse jusqu’à Bad Karlshafen. En Allemagne le chemin passe par les nombreuses implantations Huguenotes et Vaudoises.

Pour en savoir plus : https://www.surlespasdeshuguenots.eu/

Le 22 septembre 1792 les troupes françaises commandées par Montesquiou envahissent sans déclaration de guerre la Savoie, annexée ainsi par la France. Genève se trouve désormais totalement enclavée. La révolution trouve des adeptes à Genève, « révolutionnée » en 1794 et qui vit sous l’influence française. Genève est annexée en 1798 et devient la préfecture du département du Léman (carte ci-dessous), composé du Pays de Gex, des deux tiers de toute la Haute-Savoie (moins l’arrondissement d’Annecy).

Genève était rattachée à son arrière-pays pour la première fois depuis le Moyen-âge. Le département du Léman va disparaître avec la libération du territoire par les Autrichiens dès le 31 décembre 1813. Genève sera rattachée à la Suisse en 1815, la Savoie retournera dans le royaume de Piémont-Sardaigne.

La frontière actuelle a vu son tracé actuel entre Genève et Royaume de Piémont-Sardaigne (puis France) dessiné pour l’essentiel en 1816.

Texte rédigé par Claude Barbier, historien, membre de la société d’histoire régionale La Salévienne.

À la suite de la défaite de l’armée française en 1940, une partie des communes de Chevrier, Dingy-en-Vuache et Vulbens se trouve occupée par les Allemands et séparée du reste de la Haute-Savoie par la ligne de démarcation (panneau ci-dessous).

Ce statut perdure durant l’année 1941. Le reste de la Haute-Savoie est régi par le régime de Vichy, en zone non-occupée. En novembre 1942, à la suite du débarquement américain en Afrique du Nord, la zone non-occupée est envahie par les Allemands, qui laissent la place, dès janvier 1943 aux Italiens. De nombreux réfugiés, notamment juifs tentent alors, pour fuir la déportation, d’entrer illégalement en Suisse, en s’affranchissant des hauts barbelés qui courent le long de la frontière franco-suisse. En septembre 1943, après la capitulation italienne, la Haute-Savoie est de nouveau occupée par les Allemands. S’opère alors une chasse systématique aux réfugiés, aux partisans, aux résistants. Les nazis sont chassés et la Haute-Savoie libérée en août 1944.

Texte rédigé par Claude Barbier, historien, membre de la société d’histoire régionale La Salévienne.

Au début du XXe siècle encore, un frontalier est une personne qui est propriétaire de terrains agricoles en Savoie et qui habite Genève, ou de Savoyards propriétaires sur le canton de Genève. Après la Seconde Guerre mondiale, le terme désigne de plus en plus ceux et celles qui habitent la Haute-Savoie (ou le Pays de Gex) et qui travaillent à Genève (plus rarement dans l’autre sens). On compte 809 frontaliers en 1949 la première année où ils sont recensés. Leur nombre est de 8 000 en 1967. Leur nombre ne fait que croître jusqu’à la crise de 1974. Après quelques années, leur nombre repart à la hausse. Jusqu’à l’entrée en vigueur des accords bilatéraux Europe/Suisse en 2002, les frontaliers étaient astreints à une période de résidence en zone frontalière (10 km autour de Genève). Cette contrainte ayant été levée, les frontaliers résident désormais de plus en plus en loin de leur lieu de résidence. À la fin de 2020, le nombre de frontaliers était de l’ordre de 100 000.

Les maires des communes de Haute-Savoie et du Pays de Gex ont négocié au début septante la rétrocession d’une part des revenus perçus par les frontaliers à Genève. C’est le sens de l’accord franco-suisse signé le 29 janvier 1973 qui permet aux communes de Haute-Savoie et du Pays de Gex de se voir verser 3,5 % de la masse salariale des frontaliers. Les sommes perçues en 2021, de l’ordre de 326 millions de francs suisses millions, sont consacrées aux investissements dans les communes (écoles, routes, etc.).

Texte rédigé par Claude Barbier, historien, membre de la société d’histoire régionale La Salévienne.


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