Des bornes de passage

Bienvenue sur l’itinéraire « Une boucle à saute frontière » reliant Malagny et Viry (France) à Sézegnin et Avusy (Suisse).

L’occupation humaine

Le premier peuplement humain ayant laissé des traces date de vers 11 000 av. J-C., après la dernière glaciation. Vivant dans un environnement froid, des chasseurs s’installent dans des abris sous roche. Ils chassent le renne, le cheval, le bouquetin et le lagopède. La présence de l’homme de Cro-Magnon est ainsi attestée à Bossey. Le Salève n’est pas le seul massif occupé, comme en témoigne la découverte d’une hache en pierre polie au lieu-dit Les Balmes sur le territoire de la commune de Savigny, au pied du Vuache.

L’Âge du Bronze

La période de l’Âge du Bronze (2 200 – 800 av. J.-C.) n’a laissé que de très rares vestiges dans notre région, notamment sur le flanc nord-ouest du Salève où furent trouvés des vases ornés de cordons, des outils en os, en pierre ou en céramique.

L’Âge du Fer et les Allobroges

L’Âge du Fer (800 av. J.-C. — début de notre ère) n’a pas laissé beaucoup de traces non plus. C’est durant cette période que les Celtes s’établissent dans notre région, plus spécifiquement les Allobroges. C’est peut-être de cette époque que date l’oppidum qui se trouve au sommet de Chevrier, près de la chapelle dédiée à sainte Victoire.

Vaincus par les Romains en 121 av. J.-C., perdant leur indépendance, les Allobroges sont progressivement soumis aux lois romaines ; les colons s’installent.

La colonisation romaine

Avec la présence romaine, les vestiges deviennent beaucoup plus nombreux et la période beaucoup moins méconnue que celles qui l’ont précédée. Les fragments de tuiles, de canalisations en brique parsèment les champs de notre territoire confirmant l’existence, dans le sous-sol, de villas romaines.

Le vestige le plus important reste la voie romaine — vraisemblablement d’origine allobroge, peut-être plus ancienne encore — reliant Genève à Seyssel en passant par Carouge, Saint-Julien, Viry, Vers, Jonzier-Épagny où des tronçons ont pu être identifiés.

Jules César au pied du Vuache ?

En 58 av. J.-C., notre région entre dans l’histoire avec la tentative de pénétration des Helvètes, une population gauloise qui occupe le plateau suisse. Pour les en empêcher, Jules César vient leur barrer la route avec son armée, dans la région de Genève. Il fait renforcer les rives du fleuve avec un limes, improprement appelé « mur de César », vraisemblablement des levées de terres, dont des traces ont été relevées à Chancy, tout près de Valleiry. Ainsi apparaît la première frontière connue dans le pays de Saint-Julien, celle séparant les Helvètes, situés sur la rive droite du Rhône, y compris le pays de Gex, et les Allobroges implantés sur la rive gauche.

Les Burgondes

À la domination romaine succède celle des Burgondes, une population originaire de Suède, installée par les Romains en 443 en Sapaudia : on aura reconnu le mot Savoie. Ils profitent de la fin de l’Empire romain pour assurer leur influence, jusqu’à l’effondrement de leur royaume en 534. Ils établissent leur première capitale à Genève, puis à Lyon vers 470.

C’est pendant la domination burgonde que les habitants de la région sont christianisés. L’antique église dédiée à saint Martin, à Saint-Julien, pourrait dater de cette époque, tout comme l’imposant cimetière retrouvé à Sézegnin (canton de Genève), juste en face du village de Veigy (Viry). L’église d’Essertet (Viry), également dédiée à saint Martin, pourrait aussi être de cette période.

Des Francs au Second royaume de Bourgogne

La domination franque (534-888) dans notre territoire a laissé fort peu de traces. Preuve sans doute d’une diminution importante de la population ?

Entre 888 et 1032, la région fait partie du Second royaume de Bourgogne. C’est durant cette période que nombre de fonctionnaires s’arrogent certaines prérogatives, au détriment de la couronne. Vraisemblablement pour affaiblir le trop puissant comte de Genève, le roi Rodolphe III de Bourgogne, aux alentours de l’an mil, confère (à moins qu’il ne s’agisse d’une spoliation) un certain nombre de droits régaliens à l’évêque de Genève, comme celui de battre monnaie, qui devient ainsi le véritable « patron » de la ville. Ceci n’est pas un point de détail de l’histoire régionale : d’évènement en évènement, cette dissociation de Genève de son arrière-pays, voulue par les autorités de Genève, explique la situation actuelle qui voit la capitale naturelle et économique séparée de son territoire.

Texte rédigé par Claude Barbier, historien, membre de la société d’histoire régionale « La Salévienne ».

En juin 1940, lors de la bataille des Alpes, le Fort-L’Ecluse s’oppose à des éléments de l’armée allemande venus de Bellegarde-sur-Valserine. Réalisant une belle défense, le capitaine Favre et ses hommes tiennent le fort jusqu’au 25 juin, jour de l’Armistice. Mal informée de la situation, la garnison n’évacue pas le fort et reste en position jusqu’au 3 juillet, ce qui lui voudra d’être faite prisonnière en Allemagne, contrairement aux conventions de l’armistice. L’ordre donné à la garnison française du Fort-L’Ecluse de se rendre permit aux Allemands de se répandre et de prendre le Pays de Gex sans avoir à se battre.

Le Pays de Gex dans sa totalité se retrouva en totalité en zone occupée : les Allemands se retrouvaient désormais au plus proche de la frontière avec le canton de Genève et la Suisse. Les Allemands se sont également assurés six communes de Haute-Savoie : Arcine, Chevrier, Clarafond, Eloise, Vulbens, Saint-Germain-sur-Rhône, toutes englobées dans la zone interdite, jusqu’au 24 août 1941, où elles furent rattachées à la zone libre. La limite entre la zone occupée et la zone libre est fixée au Pont Carnot.

La ligne de démarcation, sur près de 1 200 km, traversait treize départements français (Ain, Jura, Saône-et-Loire, Allier, Cher, Loir-et-Cher, Indre-et-Loire, Vienne, Charente, Dordogne, Gironde, Landes et Basses-Pyrénées) passait également à travers une petite portion de la Haute-Savoie.

La Suisse, et pour ce qui concerne notre région, le canton de Genève, accueillit un nombre très important de réfugiés, principalement juifs, qui fuyaient les persécutions antisémites.

Après l’attaque de l’Union soviétique de juin 1941, l’Allemagne passe de l’évacuation des Juifs à leur extermination planifiée. Dans la zone occupée de la France, la répression antisémite se renforce avec les rafles des 16 et 17 juillet 1942. En Hollande les autorités allemandes avaient mis en place dès le début du mois de juillet le regroupement des Juifs. Une politique similaire fut mise en place en Belgique à la fin du même mois.

Aussi, dès août 1942, plusieurs centaines de réfugiés juifs provenant des Pays-Bas, de Belgique et de France affluent à la frontière avec la Suisse.

En septembre 1942, le gouvernement de Vichy met en place le mécanisme de la Relève, qui oblige les ouvriers français à aller travailler en Allemagne. Le Service du travail obligatoire (STO) est instauré en février 1943. Dès lors, le mouvement en direction de la Suisse devient massif. Des filières, qui ne sont pas toutes bénévoles, se mettent en place et permettent à des personnes de diverses nationalités, conditions de se rendre en Suisse, où certaines sont accueillies, d’autres refoulées.

La frontière franco-suisse est bien gardée par des détachements policiers et douaniers. Cela n’empêche pas les habitants de la région connaissant bien les bois et vallons et parfois les horaires des rondes, de favoriser l’émigration vers la Suisse.

Trop souvent les réfugiés sont arrêtés quelques mètres après avoir franchi la frontière suisse. Ils sont alors transférés vers des structures où les situations individuelles sont examinées.

Pour ce qui concerne la seule frontière genevoise, près de 25 000 personnes ont été contrôlées à la frontière, 86 % d’entre elles ont été accueillies en Suisse, après une ou plusieurs tentatives et donc que 14 % ont été refoulées. Les réfugiés juifs représentaient 60 % des réfugiés civils. La moitié des réfugiés essayant d’entrer en Suisse étaient des Français, un peu moins de 20 % des Polonais, un peu plus de 10 % des apatrides d’origines diverses. Le reste était composé de ressortissants des Pays-Bas, de Belgique, d’Allemagne, d’Autriche ou d’ailleurs en Europe.

Texte rédigé par Claude Barbier, historien, membre de la société d’histoire régionale « La Salévienne ».

Sources :

  • Fivaz-Silbermann Ruth, La Suisse comme outil de sauvetage : les juifs à la frontière franco-genevoise, in La frontière entre la Haute-Savoie et Genève (1939-1945), Echos Saléviens, Saint-Julien-en-Genevois, 2014, n° 22, p. 57-68.
  • Fluckiger Pierre, « Une frontière fermée, mythe ou réalité ? », in La frontière entre la Haute-Savoie et Genève (1939-1945), Echos Saléviens, Saint-Julien-en-Genevois, 2014, n° 22, p. 47-55.
  • Landecy Patrick, Malgouverné Alexandre, Mélo Alain, Redier de la Villatte Henry, Histoire du Pays de Gex, de 1601 à nos jours, Gex, Intersections, 1989, 253 p.

Historique :

Ville libre jusqu’à la Révolution, Genève est annexée par la France en 1798 puis rejoint la Confédération helvétique à la chute de l’Empire. Dans le cadre du remembrement de l’Europe en 1815, le nouveau canton de Genève négocie avec la France et le royaume de Sardaigne – qui possède le Piémont auquel est alors rattachée la Savoie – la possibilité de se fournir en franchise d’impôt auprès des paysans de son arrière-pays situés en territoires français ou savoyard. C’est ainsi que sont instituées deux zones franches autour de Genève, l’une au nord dans le département de l’Ain, dite zone de Gex, et une autre au sud en Savoie, dite zone sarde.

Le principe de ces zones franches est simple : elles sont, sur le plan fiscal, assimilées à des territoires sous souveraineté helvétique. Il n’y a pas de contrôles douaniers entre ces zones et la Suisse. Les bureaux de douane sont établis à la frontière entre ces zones franches et la France d’une part, le royaume de Sardaigne d’autre part.

Aujourd’hui :

200 ans après, le Genevois haut-savoyard bénéficie toujours de la présence d’une « zone franche » sur tout ou partie des communes situées à moins de 5 km de la frontière, qui permet aux agriculteurs d’écouler une partie de leur production en franchise de droits de douanes vers la Suisse, dans le cadre de quotas stricts (« contingents »).

Bien que confrontée à une pression foncière extrêmement forte, liée à la proximité de l’agglomération genevoise, l’agriculture est encore bien présente dans le « Bas Genevois ». Les productions sont diversifiées : arboriculture à l’ouest : Chevrier, Vulbens (pommes et poires sous Indication Géographique Protégée / IGP), mais aussi grandes cultures, viande bovine maraichage, volailles, centres hippiques…

Comme dans l’ensemble du département de la Haute-Savoie, la production laitière est cependant dominante, avec une production pour moitié transformée en AOP (Appellation d’Origine Protégée) « Reblochon de Savoie » et IGP « Tomme et Emmental de Savoie », et pour moitié vendue en Suisse, aux laiteries réunies de Genève (qui s’approvisionne pour moitié dans les zones franches de l’Ain et de la Haute-Savoie).

Le lait vendu en Suisse bénéficie d’un meilleur prix que le lait transformé en IGP. 27 exploitations de zone franche se partagent un contingent annuel de 12,3 millions de litres de lait. Le territoire compte une forte proportion d’exploitations en GAEC (Groupement Agricole d’Exploitation en Commun), sur des structures importantes.

Sources :

D’une longueur de 14,3 km, la Laire prend sa source près du lieu-dit « Le Thouvet » à 745 mètres d’altitude sur la commune de Présilly. Elle traverse ensuite la commune de Viry, avant de marquer la frontière entre la France et la Suisse sur environ 7 km, en longeant les communes genevoises de Soral et d’Avusy. Elle traverse enfin la commune de Chancy (Suisse) pour se jeter dans le Rhône à 333 mètres d’altitude, en face de la commune française de Pougny.

Le vallon de la Laire :

Une zone alluviale d’importance nationale

Avec ses milieux naturels variés, le vallon de la Laire est l’une des cinq zones alluviales d’importance nationale du canton de Genève. Il doit son extraordinaire richesse biologique à l’alternance de sécheresses, d’inondations, d’érosions et de dépôts d’alluvions.

Il est possible d’observer, entre autres, le Martin-pêcheur et le Cincle plongeur, deux espèces d’oiseaux caractéristiques des cours d’eau. Mais aussi des insectes remarquables, parmi lesquels de beaux papillons comme le Flambé, le Machaon ou encore le Damier de la succise. Ajoutons encore la célèbre Mante religieuse, et, le long du cours d’eau, une des plus rares espèces de libellules du canton de Genève, le Gomphe à crochets.

La diversité des milieux permet également aux batraciens et aux reptiles de se développer dans les meilleures conditions. Très rare dans le canton, l’Alyte ou Crapaud accoucheur est souvent caché dans la végétation au pied de petites falaises. Le Triton alpestre, le Triton crêté et la Salamandre tachetée, le Sonneur à ventre jaune, espèces également rares, sont aussi présents au bord du cours d’eau.

La couleuvre vipérine est le serpent le plus rare de Suisse et le canton de Genève a la chance d’accueillir quelques-unes des dernières populations, en particulier au bord de la Laire.

Enfin, la situation particulière de la Laire a favorisé l’implantation de certaines espèces venues du Sud, parmi lesquelles beaucoup d’espèces rares ou menacées. Dans la région des Raclerets poussent, entre autres, quelques plantes telles que la Dent-de-chien, l’Isopyre faux-pigamon (deux plantes également présentent sur le Vuache), ainsi que la linaigrette à larges feuilles, unique station du canton de Genève. Vingt-sept sortes d’orchidées ont été répertoriées dans la partie française sur les cinquante-six que compte la Haute-Savoie, dont les ophrys mouche, bourdon et araignée.

Le gué de la Laire :

Ancien passage très fréquenté entre Valleiry et Avusy, voire Avully et le Rhône, le gué illustre, tout comme celui de La Grave (plus à l’Est), l’important réseau des voies de communications qui a existé durant des siècles dans cette partie très boisée et fermée du Genevois. Fort heureusement, les chemins de randonnée transfrontaliers mis en place en 2002 permettent de maintenir ces liaisons ancestrales.

Si le franchissement de la Laire, au plus fort de l’été, est tout à fait possible à pied sec par le gué, le passage est aisé par la passerelle métallique voisine de la place d’armes des Raclerets, rénovée en 2004, qu’on rejoint en cheminant sur la rive gauche, et où l’on passe la frontière marquée d’une encoche orange*. Peu avant la passerelle, le randonneur trouvera encore les indications pédestres permettant de rallier directement le village de Chancy, ou de s’enfoncer profondé­ment dans les bois en suivant le sen­tier des douaniers, pour rechercher la fameuse borne n° 25…

* Dans le secteur du Bois des Bouchets, plusieurs bornes ne sont étonnamment pas situées sur la limite territoriale. Il existe par contre une ligne frontière matérialisée par une petite encoche orange (sur une roche par exemple). L’érosion du vallon étant importante, la frontière, à cause des dépôts d’alluvions, n’a en effet pas pu être fixée durablement par des repères paysagers. C’est une particularité peu connue des lignes de démarcation franco-genevoises, lesquelles sont riches en situations analogues.

Sources 

  • Fiche-rivière n°6 « La Laire » – 2ème édition (2004) / Etat de Genève
  • Photo : C. Rampon / OT des Monts de Genève


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